Des visages et des mains

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« Je suis assis sur un tabouret, face à l’objectif, seuls le haut de mon buste, mon visage et mes épaules seront photographiés. Valeria me demande de faire des gestes lents, de faire ce que je veux pendant que l’appareil saisira en rafale mes expressions et mes mouvements. Je suis libre et pourtant je me sens nu. La question qui me trottait dans la tête en arrivant au studio est toujours là : que vais-je faire? »

Près de cent cinquante personnes ont ressenti ce moment de mise à nu lors de leur participation au projet de Valeria Pacella, artiste photographe et musicienne à Lyon. Qu’ils soient modèles ou non, jeunes ou plus âgés, de Lyon ou de passage, ces femmes et ces hommes ont accepté de faire parler leurs visages et leurs mains, de laisser l’appareil capturer des images fixes à la volée, sans poser.


Ces 30 000 photos numériques brutes servent de matière première à l’artiste qui va les uniformiser en noir et blanc, les amalgamer entre elles pour créer des animations en lien avec des musiques qui mélangent harmonieusement sons électroniques et acoustique
Ces mains et ces visages sans mots nous parlent. Nous sommes libres nous aussi d’interpréter ce qu’ils nous disent. Valeria Pacella nous guide : « J’ai choisi le noir et blanc car il est intemporel. Les personnes photographiées sont des Monsieurs Madames tout le monde. En les mélangeant, je veux montrer leur diversité, leur richesse et finalement leur beauté intime, individuelle. ».
Grâce à son dispositif, l’artiste permet à ces modèles d’un jour de jouer comme face à un miroir. Ils expriment leur état présent avec leur visage et leurs mains. Les mains et les mouvements deviennent le prolongement de l’esprit. La main est l’instrument qui projette la pensée par les actes. La main donne, reçoit, s’ouvre ou se ferme, selon ce que l’esprit veut exprimer. Elle permet de transmettre de l’énergie et de créer.

Dans ce monde global, les frontières socio-culturelles deviennent mouvantes. La tendance à l’uniformisation et à l’internationalisation génère des réactions de rejet et de repli sur soi. Les individus se jugent les uns les autres et interprètent leurs apparences et leurs comportements. Le langage des mots stigmatise les différences et renforce leur incompréhension. L’artiste nous propose de se débarrasser de nos filtres habituels : absence de couleur, absence de mot, absence de contexte. Le noir et blanc développe notre acuité visuelle, nous permet de voir d’autant mieux la diversité des individus. L’absence de mots nous permet d’entendre un langage universel. La musique, troublant mélange de notes et de sons, brouille à dessein nos réflexes. Et nous voilà redevenu comme des enfants, accueillant d’un regard neuf et naïf, les compositions improvisées de nos semblables si différents et tellement proches.